Hôtel Véron. Sur l'emplacement de la propriété de J. de Puscher, Véron, marchand rue Saint-Honoré, fait construire cet hôtel néoclassique à la fin du XVIIIe siècle. Sur l'attique de la façade côté jardin, se lisent encore les intiales entrelacées de son propriétaire à partir de 1777 : Antoine Chardon. Sous l'Empire, le baron Pérignon y tient un salon fréquenté par les nouveaux riches. Sa protégée, orpheline, Caroline Archenbaut-Dufays, s'éprend à 26 ans de l'ancien précepteur des Choiseul-Prasin : en 1821 naît Charles Baudelaire. Les bienfaiteurs d'Auteuil, Chardon et Lagache, fondateurs de la maison de retraite, habitent l'hôtel à partir de 1856 ; ils agrandissent le jardin, défiguré-dès 1895 par le percement de la rue Leconte-de-Lisle.

14 rue d'Auteuil, Paris, France

La tour de Calvin. A cet emplacement s'élevaient jusqu'au XIXe siècle les bâtiments du collège fondé en 1394 par Pierre Fortet, chanoine de Notre-Dame de Paris. Il en subsiste, au fond de la cour, une tour qui permit à Calvin, encore étudiant, de s'enfuir par les toits des maisons voisines : en effet, il faillit être arrêté à la fin de l'année 1533, à la suite d'un discours suspect de son ami Nicolas Cop, recteur de l'Université de Paris. Réfugié à Nérac, auprès de la reine Marguerite de Navarre, soeur de François 1er, il y prépara "l'Institution de la religion chrétienne". En 1585, la Sainte Ligue est fondée au collège de Fortet, et donne naissance au Conseil des Seize (quartiers de Paris), responsable de la journée des Barricades qui livre la capitale aux partisans du duc de Guise le 12 mai 1588.

21 rue Valette, Paris, France

La Place de l'Ecole. Ici se trouvait au Moyen Age l'un des principaux ports de Paris, la place des Marchands. Vers 1413, son nom est transformé en place de l'Ecole. L'origine de cette appellation est ambigue : on y a vu à tort une allusion à l'école tenue par les prêtres de Saint-Germain-l'Auxerrois ; il s'agit, en fait, du point d'accostage, de l'échelle de navigation du port. La grande similitude des mots latins "schola" (école) et "scala" (échelle) a créé la confusion. La tradition commerçante de la place de l'école a été ravivée en 1869 par Ernest Cognacq, fondateur de la Samaritaine ; le nom de l'établissement évoque la pompe élévatrice autrefois installée sur la deuxième arche du Pont-Neuf. Avec son épouse, Louise Jay, il fit de cette entreprise l'un des grands magasins parisiens, dont les bâtiments actuels ont été édifiés entre 1903 et 1930, en majeure partie sous la direction de Frantz Jourdain, l'un des architectes militants de l'Art nouveau.

Place de l'École, Paris, France

Notre-Dame-des-Victoires. En 1619 les Augustins déchaussés, dits Petits Pères, installent leur couvent sur un rectangle situé de la Bourse à la place des Petits-Pères et de la rue de la Banque à la rue Notre-Dame-des-Victoires. Le 9 décembre 1629 est posée la première pierre de leur église, consacrée à Notre-Dame-des-Victoires, en mémoire de la victoire de Louis XIII sur les protestants à La Rochelle. Trop petite, elle est reconstruite à partir de 1656 sur des plans de Le Muet par Libéral Bruant et Gabriel Leduc. Le portail, dû à Cartaud, achève le sanctuaire en 1740. Doté d’un vaste jardin et d’un double cloître superposé, le couvent est confisqué à la Révolution; sur son emplacement sont édifiées une caserne et la mairie d’arrondissement.

Place des Petits Pères, Paris, France

Mairie du 2e arrondissement. C’est en 1860 que les limites actuelles du 2e arrondissement furent fixées, et que la Mairie fut transférée à cet endroit (elle avait occupé de 1849 à 1860 l’Hôtel d’Augny, rue Drouot). Les bâtiments ont été élevés à l’origine pour la Mairie de ce qui était alors le 3e arrondissement, sur le terrain de l’ancien couvent des Petits-Pères. En 1844, l’architecte Paul Lelong fut chargé de lotir et de tracer la rue de la Banque ainsi que celle qui porte son nom. Alphonse Girard dessina les plans en 1847 et les travaux durèrent jusqu’en 1852. Comme toutes les mairies d’avant le Second Empire, elle s’intègre discrètement aux autres constructions de la rue. Un concours ouvert en 1879 pour la décoration de la Salle des Mariages fut remporté par Huillard, élève de Baltard, qui y dressa la monumentale cheminée conçue comme la glorification de la République. En 1880, trois tableaux furent commandés à Moreau de Tours, qui développent les idées de la 3e République sur le Mariage, la Famille et la Patrie. Ils figurèrent à l’Exposition Universelle de 1889. En 1988, l’escalier d’honneur fut orné de fresques évoquant les étapes de la vie dues à N. Dugué et X. Cahen.

8 rue de la Banque, Paris, France

Jean Le Rond d’Alembert. Né le 16 novembre 1717, abandonné sur les marches de l’église Saint-Jean Le Rond par sa mère, la marquise du Tencin, le futur mathématicien et philosophe est recueilli par l’épouse d’un vitrier, madame Rousseau, qui vit ici. Très attaché à elle, il demeure 48 ans chez sa nourrice, malgré les 12 000 livres de rente que lui lègue son père, le chevalier Destouches, après avoir pourvu à son éducation. Bachelier dès arts, il consacre aux mathématiques après avoir essayé le droit et la médecine ; ses premiers travaux le font entrer à l’Académie des sciences comme associé astronome adjoint, à 24 ans. En 1745, il s’engage avec Diderot dans la grande aventure de l’Encyclopédie ; chargé de rédaction du Discours préliminaire, véritable manifeste des Lumières salué comme un chef-d’oeuvre dès sa parution (1751), il y souligne le lien entre le progrès social et celui des sciences. Sa Célébrité lui ouvre tous les salons, de madame Geoffrin à Julie de Lespinasse, chez qui il s’installe en 1764. Elu membre de l’Académie française en 1754, il devient le secrétaire perpétuel jusqu’à sa mort, survenue 29 octobre 1783.

21 rue Michel-le-Comte, Paris, France

La poudrerie. Par un arrêté du 10 pluviôse an II (29 janvier 1794), le Comité de Salut public transformait le ce devant château de Grenelle, ainsi que la ferme et les bâtiments avoisinants, en “deux établissements provisoires de fabrication révolutionnaire de poudre”. Par mesure de sécurité, les bâtiments alentour furent vidés de leurs occupants, ou démolis. Mais, peu de temps après la chute de Robespierre, un catastrophe mit Paris en grand émoi : le 14 fructidor (31 août 1794), à 7 heures et quart du matin, la poudrerie explosa. Trois fortes détonations se firent entendre et l’immense colonne de fumée pouvait se voir de toute la ville. Il y eut de nombreuses victimes, morts et blessés; les dégâts furent considérables. L’origine du désastre est restée inconnue.

16 Place Dupleix, Paris, France

Enceinte de Philippe Auguste. Soucieux de ne pas laisser Paris sans protection au moment de son départ pour la croisade, Philippe Auguste fait commencer en 1190 la construction d'une enceinte sur la rive droite, suivie à partir de 1200 par sa réplique sur la rive gauche. Dessinant la forme d'un coeur, cette muraille englobe 253 hectares dont beaucoup d'espaces inhabités, champs, prés ou vignobles. Tous les 70 mètres, une tour renforce ce rempart, haut de 9 mètres et épais de 3 à la base. Des portes et poternes permettent l'accès à la ville. Rendues inutiles sur la rive droite par la construction, moins de deux siècles plus tard, de l'enceinte de Charles V, les fortifications de Philippe Auguste ont disparu, sauf en quelques endroits. Là se trouve le fragment le plus long et le mieux conservé de cette enceinte.

rue Charlemagne, Paris, France

Marché aux chevaux. En 1641, Louis XIII autorise l’établissement d’un marché aux chevaux près du nouveau marché aux porcs de Saint-Victor, sur l’emplacement de cette partie du boulevard Saint-Marcel. Mais le marché n’ouvre effectivement qu’après 1660, les mercredis et samedis, le matin pour les porcs et le soir pour les chevaux, mules et ânes; le dimanche se tient le marché aux chiens et aux voitures. On y donne le supplice de l’estrapade jusqu’en 1776. Peu après, le marché devenu entreprise publique, est agrandi. En 1857 a lieu le percement du boulevard : on y vend alors 50 000 chevaux sous les ans. Le nouveau marché, établi en 1877 au sud de ce trottoir, disparaît en 1908 la bicyclette et le moteur vont supplanter le cheval.

Boulevard Saint Marcel at the corner of Boulevard l'Hôpital, Paris, France

Le Théâtre des Gobelins. Cette salle de spectacles fut construite en 1869, à l’initiative d’Henri Larochelle, par l’architecte Cusin. Le décor de la façade principale est l’oeuvre d’un jeune sculpteur alors inconnu, Auguste Rodin, étudiant aux Beaux-Arts et aux Gobelins. Les deux figures sculptées représentent le Drame (l’homme) et la Comédie (la femme). A son ouverture, ce théâtre à l’italienne de 800 places accueille des mises en scène à grand spectacle comme celle du “Tour du monde en 80 jours”, qui comporte quinze tableaux. Au succès des représentations théâtrales succède celui des spectacles de variété et, dès 1906, des projections de films documentaires, comiques et de fiction. Permanent depuis 1934, le cinéma a été restauré en 1993.

73 avenue des Gobelins, Paris, France

La porte Saint-Bernard. Un peu au sud du château de la Tournelle et de la tour de l’enceinte de Philippe-Auguste, la muraille est percée au XVe siècle d’une porte, baptisée en souvenir de l’illustre abbé de Citeaux, dont le collège s’élève à proximité. Elle enjambe l’ancien chemin de halage, désormais lieu de promenades et de baignades. Henri IV aimait venir y nager avec son fils, afin de l’aguerrir; il décide en 1606 de la faire reconstruire, sous la forme d’un bâtiment carré surmonté d’un comble en pavillon. En 1674, pour remercier Louis Louis XIV d’avoir supprimé les taxes levées sur les marchandises qui arrivaient au port Saint-Bernard, le prévôt des marchands et les échevins demandent à François Blondel d’en faire un arc de triomphe à la gloire du monarque. La présence de logements dans la partie supérieure de l’édifice conduit architecte à percer deux arches basses jumelées, au lieu d’une seule grande arcade. Sur les bas-reliefs, d’un côté le Roi-Soleil apporte l’abondance à la Ville, de l’autre, vêtu à l’antique, il conduit la nef parisienne, flanquée de néréides et de tritons. Le monument subsiste jusqu’en 1787.

1 quai de Tournelle, Paris, France

Hôtel Thiers. Adolphe Thiers, homme d'État et historien, fut élu Président de la République, en 1871, par l'Assemblée Nationale. Cet hôtel fut celui de Madame Dosne, qui le vendit à son gendre, M. Thiers, en 1833 pour la somme de 100.000F, quand celui-ci épousa Elisa Dosne. La maison fut détruite en 1871 par les communards; c'est le peintre Courbet qui sauva les biens de Thiers, et l'hôtel fut reconstruit en 1873 par Aldrophe, puis légué a l'Institut en 1905, avec sa bibliothèque, par la belle-soeur de Thiers, Félicie Dosne.

27 Place Saint-Georges, Paris, France

Place des Ternes. L'origine du village des Ternes est une ferme, située entre le Roule de la forêt de Rouvray (bois de Boulonge) appelée "Villa externa" (Ferme externe). Cette propriété devint par la suite le château des Ternes, rattaché à Neuilly. Elle fut annexée à la capitale en 1860, les Ternois devinrent Parisiens et le quartier ne cessa de se transformer. La place des Ternes se trouve sur l'emplacement de la barrière du Roule, porte d'entrée dans Paris élevée par Louis XVI, destinée à la perception des impôts par les fermiers généraux. C'été un haut bâtiment composé de quatre avant-corps à fronton d'un aspect très massif. Dès 1860, les 55 barrières qui entouraient Paris furent démolies les unes après les autres.

Place des Ternes at the Rue des Ternes, Paris, France

Cour de Rohan. Ouvert en 1735, le passage du commerce Saint-André reliait la rue Saint-André des Arts à la rue de l'Ancienne-Comédie. Il fut prolongé en 1776 vers la rue des Boucheries, à l'emplacement du trottoir sud du boulevard Saint-Germain dont le percement amputa son parcours. Son tracé est celui du fossé de l'enceinte de Philippe-Auguste, la basse d'une tour subsiste dans le magasin du no. 4. Le passage conserve le souvenir de l'imprimerie de Marat et de la guillotine de Schmidt. Par une brèche pratiquée dans l'enceinte, on pénètre dans une succession de cours bordées de maisons anciennes, dont un bel hôtel du XVIe siècle. La dernière cour, dite de Rohan, déformation de Rouen, abritait la demeure parisienne des archevêques de Rouen. Elle donne sur la rue du Jardinet.

19 rue de l'Ancienne Comédie, Paris, France

Rue des Murs. Les appellations anciennes de la rue d'Arras, baptisée "des Murs" au XIIIe siècle, "des Murs près le Champ-Gaillard" au XVIe puis "des Murs dite du Puits d'Arras" au XVIIe, attestent bien de la présence ici du rempart de Philippe-Auguste, édifié dans le dessein d'agrandir la ville et d'inciter ses habitants à construire, à une époque où la rive gauche est encore couverte de vignes. Le chroniqueur et chapelain du roi Guillaume le Breton témoigne : "Philippe le roi magnanime entoura tout Paris dans une enceinte de la partie méridionale jusqu'à la Seine des deux côtés, afin que toute la cité paraisse remplie d'habitations jusqu'aux murs. Merveilleuse et louable justice du prince ! Bien qu'en vertu du droit écrit il eût pu élever des murs et des fossés sur le terrain d'autrui pour l'utilité publique du royaume, préférant cependant l'équité au droit strict, il indemnisa sur son trésor les propriétaires pour les dommages qu'il causait".

9 rue d'Arras, Paris, France

Couvent et Club des Jacobins. Surnommés jacobins à cause de leur maison-mère située rue Saint-Jacques, les dominicains s'installent ici en 1613. L'entrée de leur couvent se trouve à l'emplacement du débouche de la rue, et le cloître à la place Marché-Saint-Honoré. À la suppression des ordres monastiques, la Société des Arms de la Constitution s'y installe : elle tient ses réunions dans la bibliothèque, puis dans la chapelle à partir du 1er avril 1791. Le Club des Jacobins a joué un rôle preponderant durant la Révolution, jusqu'à la chute de Robespierre en juillet 1794. Les bâtiments furent détruits et remplacés en 1810 par un marché reconstruit en 1959 et remplacé en 1966 par ce bâtiment dû à Ricardo Bofill.

14 rue du Marché Saint Honoré, Paris, France

La défense de la Barrière de Clichy. Jusqu'en 1860, la barrière de Clichy, maillon de l'enceinte des fermiers généraux, occupait la partie centrale de la place. En mars 1814, l'ennemi russe et prussien march sur la capitale. La défense de Paris s'organise, le maréchal Moncey à la barrière de Clichy, le général Mortier à Montmartre. Malgré leur courage exemplaire, les quelques bataillons de la garde nationale ne peuvent rien contre les 14,000 hommes des forces alliées commandés par Langeron. Toute la journée du 30 mars les combats font rage mais l'issue est fatale : le lendemain, le maréchal Marmont signe l'armistice, et quelques jours plus tard les cosaques campent sur les Champs-Elysées.

7 Place de Clichy, Paris, France

La basilique du Sacré-Coeur. En juillet 1878, l'Assemblée nationale déclare d'utilité publique la basilique que l'archevêque de Paris propose d'élever, par souscription nationale, au sommet de la colline de Montmartre, "en honneur du Sacré-Coeur de Jésus-Christ, pour appeler sur la France, et en particulier sur la capitale, la miséricorde et la protection divines". Ainsi se concrétise le "Voeu national" lancé en 1870 pour la délivrance du pape et le salut de la France. Pie IX venait d'instituer la fête du Sacré-Coeur en 1856, cédant aux instances des Jésuites. La première pierre du colossal édifice est posée en 1875, sur l'emplacement du parc d'artillerie, et sa construction s'achève laborieusement: sa consécration a seulement lieu le 16 octobre 1919.

rue Azaïs, Paris, France

La colline au Néolithique. Grâce à son altitude, la colline de Monmartre représente déja à l'ère quaternaire un lieu privilégié, où se réfugient les grands mammifères dont Cuvier étudie les restes fossilisés des 1798. La présence de sources et la richesse en gypse des sous-sols contribuent à favoriser l'éclosion d'un début de civilisation très précoce: un premier sanctuaire est sans doute édifié avant l'arrivée des druides. Bâti et habité par les Gallo-romains, le site porte à la fois un autel dédié à Mercure, à l'ouest de la colline, et un sanctuaire voué à Mars, au sud de l'église Saint-Pierre. D'où l'incertitude étymologique entre le "Mons Martis" auquel se réfère "Le siège de Paris" d'Abdon en 885. Au milieu du XIIIe siècle, la "Légende dorée" de Jacques de Voragine, véritable livre de chevet des châteaux aux chaumières, propage dans doute la chrétienté le renom du Mont des Martyrs, avec le récit du supplice de saint Denis et de ses compagnons. Ils éclipsent ainsi les dieux de l'industrie et de la guerre sauf entre novembre 1793 et décembre 1794, où la butte se rebaptise "Mont-Marat", en hommage à "l'ami du peuple".

rue Ronsard, Paris, France

Porte Saint-Honoré. Ouverte en 1380 dans l'enceinte de Charles V, la seconde porte Saint-Honoré formait un carré d'un étage flanqué à chaque angle par une tour ronde. Jeanne d'Arc y tenta une offensive, le 8 septembre 1429, pour reprendre Paris aux Anglais. Mais elle eut la cuisse percée d'une flèche, alors qu'elle sondait le fossé rempli d'eau pour le faire combler avec des fagots. Le 19 janvier 1591, Henri IV envoya des soldats déguisés en meuniers se faire ouvrir la porte sous prétexte de ravitailler les Parisiens assiégés : la "journée des farines" fut un échec, les Ligueurs avaient muré la porte. Après l'achèvement de l'enceinte dite de Louis XIII ou des Fossés Jaunes, la porte Saint-Honoré, devenue inutile, fut démolie en 1636.

163 Rue Saint Honoré, Paris, France

Les premiers bouquinistes. Dès 1530, l'essor du livre contribue au rayonnement de la capitale. A côté des grands libraires et imprimeurs établis au Quartier latin apparaissent très tôt des colporteurs de gazettes et libelles : ils n'ont pas droit aux boutiques et installent leur fonds sur des tréteaux, voire des pièces de toile posées à même le sol, quand ils ne transportent pas leur marchandise dans un panier d'osier suspendu à leur cou. Une sentence du bailli du Palais de justice, datée de 1578, en autorise 12, contraints de se fixer deux par deux sur 6 emplacements autorisés, aux alentours du pont Saint-Michel ou de Notre-Dame. Les autres subsistent dans l'illégalité, jusqu'en 1618, où ils sont tenus de porter sur leur pourpoint une "marque ou écousson de cuivre".

quai the Pont de la Tournelle, Paris, France

l'Ecole militaire

1 place de l'École Militaire, Paris, France

Eglise de la Sainte-Trinité. Un décret de décembre 1860 décide la construction de cette église, confiée à Théodore Ballu (1817-1885), élève le Lebas, dans ce quartier de la Chausée d'Antin en pleine mutation. Commencés en 1861, les travaux s'achèvent en 1867. L'église est alors solennellement remise par Haussmann à Monseigneur Darboy. Son style très éclectique, mi-gothique, mi-renaissance, choque les contemporains. Dans le square, également aménagé par Ballu, habitant du quartier, les allégories de la Foi, l'Espérance et la Charité, situées dans l'axe des trois arcades en plein cintre, dominent les fontaines à triple vasque. Le porche d'église est décoré des statues de saint Grégoire, saint Hilaire, saint Augustin et saint Athanase, dues à Eugène Guillaume; sur la terrasse du premier étage, figurent la Force, la Justice, la Prudence, et la Tempérance, oeuvres de Carpeaux. Les originaux ont été remplacés par des copies, réalisées dans l'entre-deux guerres. En 1980, rénovation du clocher et des orgues de Cavaillé-Coll. En 1991, achèvement de la réfection intérieure.

Place d'Estienne d'Orves, Paris, France

Hôtel de Clermont. En 1708, avant de partir au service du tsar Pierre le Grand, l'architecte Leblond édifia l'hôtel de la marquise de Seissac, veuve du comte Clermont-Lodève. Ses hértiers le cédèrent au comte Grimod d'Orsay en 1768. Après l'émigration de ce grand collectionneur, ses oeuvres d'art furent saisies et dispersées, certaines se trouvent au musée du Louvre. Sous le Directoire, une société de jeux gymniques où l'on pratiquait la danse, la lutte et l'escrime periclite assez rapidement. En 1836, Barbet de Jouy rachète la propriété, le temps de percer la rue baptisée de son nom et de lotir une partie du parc, puis la cède au comte Duchâtel, ministre de Louis-Philippe. L'Etat en est propriétaire depuis 1947.

69 rue de Varenne, Paris, France

Hôtel de Castries. Construit pour Jean Dufour de Nogent vers 1696, il appartint aux marquis puis aux ducs de Castries entre 1708 et 1886. Le plus célébre d'entre eux, le maréchal de Castries, fut ministre de la Marine sous Louis XVI. Un duel entre son fils et le député Charles de Lameth, rallié aux idées nouvelles, fut à l'origine du saccage de l'hôtel par la foule révolutionnaire le 13 novembre 1790. L'épée qui avait blessé Lameth aurait été empoisonnée. Ministère de la Guerre pendant l'émigration de ses propriétaires, l'hôtel de Castries appartient à l'Etat depuis 1946. La façade sur cour et la décoration intérieure ont été entièrement remaniées au milieu du XIXe siècle par J.-A. Froelicher et C. Parent.

72 rue de Varenne, Paris, France

Hôtel de Salm. Edifié de 1782 à 1787 par Pierre Rousseau pour Frédéric III, prince régnant de Salm-Kyrbourg, ce palais témoigne du renouveau de l'art antique dans l'architecture à la fin du XVIIIe siècle. Rallié aux idées novelles, nommé commandant d'un bataillon de la Garde nationale par La Fayette, le prince de Salm abolit les droits féodaux dans ses états. Il fut cependant arrété et exécuté en 1794. L'hôtel, vendu à la Grande Chancellerie de la Légion d'Honneur en 1804, fut remis en état par Antoine Peyre. Incendié sous la Commune en 1871, il a été reconstruit à l'identique grâce à une souscription publique. En 1922, une autre souscription a permis d'édifier le Musée de la Légion d'Honneur et des Ordres de Chevalerie, rue de Bellechasse.

64 rue de Lille, Paris, France

Communards de la Butte-aux-Cailles. Après le Siège de Paris, la ville doit capituler le 27 janvier 1871. Le gouvernement refugie à Versailles tente de rétablir l'ordre dans Paris, tenu par la Commune. La Butte-aux-Cailles, alors peu habitée et dont les fortes pentes dominent la vallée de la Bièvre, est le théâtre de luttes sanglantes le 25 mai 1871. Les Fédérés en ont fait leur quartier général et leur chef, Wroblewski, défend son approche par embuscades et tirs d'artillerie légère. Les Versaillais sont plusieurs fois repoussés, mais en fin de journée, ils tiennent la place d'Italie - alors place Emile Duval, conseiller et général Communard fusillé en avril - puis la butte, tandis que de nombreux insurgés gagnent la rive droite de la Seine.

rue Eugène Atget, Paris, France

Hôtel d'Estrées. Construit de 1711 à 1713 par Robert de Cotte, premier architecte du roi, pour la veuve du maréchal d'Estrées, cet hôtel appartint ensuite à la duchesse de Modène, fille du Régent, puis au général Clarke, duc de Feltre et ministre de la Guerre sous l'Empire. En 1863, le gouvernement russe l'acheta aux hértiers de la marquise de Tourzel, pour en faire la résidence de son ambassadeur. Le tsar Alexandre II y reçut Napoléon III et l'impératrice Eugénie lors de l'exposition universelle de 1867. Nicolas II et la tsarine y séjournèrent pendant leur voyage officiel à Paris en 1896. A cette occasion, le tsar posa la première pierre du pont Alexandre III.

79 rue de Grenelle, Paris, France

Hôtel de Galliffet. Edifié par Legrand et décoré par Boiston, à partir de 1775, sur l'ancien cimetière Sainte Croix, l'hôtel à peine achevé fut transformé par Renard, après l'emigration du marquis de Galliffet, pour devenir le ministère des Relations extérieures. Talleyrand en fit le centre de la politique française sous le Directoire : c'est ici qu'il présenta, lors d'une réception le 3 janvier 1798, Bonaparte à Mme de Staël, point de départ de leur hostilité réciproque. A la fin du XIXe siècle, le gouvernement italien établit sa représentation diplomatique dans l'hôtel de Galliffet, aujourd'hui siège de l'Institut Culturel.

50 rue de Varenne, Paris, France

Danton (1759-1794) Fils d'un procureur d'Arcis-sûr-Aube, en Champagne, Georges-Jacques Danton est l'aîné d'une famille nombreuse, attiré très jeune par une vocation d'orateur. Mais il arrive à Paris sans ressources, et son beau-père, tenancier d'un café situé au débouché du Pont-Neuf, lui avance les fonds nécessaires à l'achat de ses grades et de la charge d'avocat au Conseil du Roi. Ephémère ministre de la Justice au lendemain du 10 août 1792, Danton se consacre surtout à l'oeuvre importante accomplie par la Convention dans le domaine de l'instruction publique : "Après le pain, l'éducation est le premier besoin d'un peuple" déclare-t-il à la tribune. Il s'emploie aussi à galvaniser l'énergie des citoyens appelés aux armes contre l'envahisseur : "Pour les vaincre, il nous faut de l'audace..." Ce monument d'Auguste Paris, qui le présente en effet comme l'âme de la défense nationale, est l'hommage officiel de la Ville pour le centenaire de la Révolution : inauguré en 1891, il occupe l'emplacement exact du salon de son appartement.

Carré de l'Odéon, Paris, France

La porte Saint-Victor. En 1992, la construction de cet immeuble sur le tracé de l'enceinte de Philippe-Auguste, édifiée vers 1210 sur la rive gauche dans le dessein d'en favoriser le peuplement, provoque la mise au jour d'importants vestiges de l'arche qui permettait le passage de la Bièvre. Grâce à l'arbitrage de saint Bernard de Clairvaux, l'abbé de Saiint-Victor avait en effet obtenu en 1148 le consentement du supérieur de Sainte-Geneviève, la plus puissante seigneurie du quartier, pour dévier le cours de la rivière afin de faire tourner les pales de ses moulins. La porte percée dans la muraille s'ouvrait à l'est sur la rue du Faubourg Saint-Victor, qui desservait l'abbaye royale déjà clôturée d'une enceinte. En 1368, un nouveau détournement de la Bièvre est rendu nécessaire par l'aménagement décidé par Charles V de fossés à l'extérieur du rempart : la rue du Cardinal-Lemoine s'appelle alors chemin des Fossés Saint-Victor.

28 rue du Cardinal-Lemoine, Paris, France

L'Ecole Normale Supérieure. Initialement fondée par un décret du 9 Brumaire an III (20 octobre 1794), la première Ecole normale, destinée à recevoir "de toutes les parties de la République des citoyens déja instruits dans les sciences utiles pour apprendre, sous les professeurs les plus habiles dans tous les genres, l'art d'enseigner", tient alors au Jardin des plantes un trimestre de cours. Napoléon 1er reprend l'idée lors de la réorganisation de l'Université, et installe en 1810 les élèves dotés d'un règlement d'inspiration militaire au Lycée impérial (Louis-le-Grand). Figure la plus marquante de cette première promotion, Victor Cousin, devenu ministre de l'Instruction publique, demande à architecte A. de Gisors les plans d'un édifice à la sobriété monacale: sur d'anciennes vignes du couvent des Ursulines, la nouvelle Ecole est achevée en 1847. Depuis, ce "noble cloître intellectuel", selon le mot de Romain Rolland, cultive toujours "le don magnifique que fait à des jeunes gens choisis l'enseignement démocratique.

45 rue d'Ulm, Paris, France

Rue Galande. Ancienne voie médiévale, elle tire son nom d'Etienne de Garlande, favori du roi Louis VIIe Gros, qui y possédait un clos de vignes. Lotie après sa disgrâce (1127), elle devient très commerçante: sur le registre des impositions de 1292, cinquante imposés notables y figurent, représentant seize métiers différents. Bordée au XIIIe siècle par un cimetière juif, elle garde quelques maisons à pignon, et des fragments de la chapelle Saint-Blaise, qui recevait la confrérie des maçons et charpentiers. Elle divent misérable au cours du XIXe siècle avec un population famélique et des bouges douteaux, repaires de gueux et d'alcooliques, tels le Château rouge ou la crèmerie Alexandre décrits par J.-K. Huysmans dans "la Bièvre et Saint-Séverin".

56 rue Galande, Paris, France

Mairie du XVIIIe arrondissement. Depuis1882, la municipalité de Paris se préoccupait de remplacer l'ancienne mairie de Montmartre, élévée place des Abbesses en 1836. Le préfet de la Seine, Eugène Poubelle, fit acheter en 1885 un terrain situé sur la place Sainte-Euphrasie, repaptisée Jules Joffrin en 1895; le temps pressait, il n'y eut donc pas de concours, et la commande fut confiée à Marcelin-Emmanuel Varcollier (1829-1895). Cet ancien élève et collaborateur de Baltard était déja depuis 1883 architecte officiel de la ville. Il sut séduire le jury par l'originalité de son projet, déposé en 1888: autour d'un grand hall central couvert d'une verrière, les services municipaux sont répartis sur un plan en trapèze; à l'étage, une bibliothèque, une salle des fêtes et deux salles des mariages. Une façade éclectique associe des pilastres de style Renaissance à des frontons Louis XV: elle est précédée d'un porche à cinq arcades, orné de deux statues de Gustave Crauk, la Liberté et la Fraternité. Le décor intérieur de la salle des fêtes, boiseries sculptées et dorées et plafond peint étoilé, est l'oeuvre de l'architecte Claës. L'inauguration eut lieu le 17 juillet 1892.

rue du Mont Cenis at Place Jules Joffrin, Paris, France

Eglise Notre-Dame du Travail. Depuis que les expositions universelles se tenaient au Champ de Mars, les centaines d'ouvriers chargés d'oeuvrer à ces manifestations logeaient dans le XIVe arrondissement. Pour eux fut construite, entre 1899 et 1901, en remplacement de Notre-Dame de Plaisance devenue trop petite, une nouvelle église placée sous le vocable de Notre-Dame du Travail. Aux façades extérieures en meulière, moellons et pierre de taille, de style roman, l'architecte Jules Astruc a opposé un intérieur aux voûtes formés d'arceaux métalliques, portées par de fines colonnettes en fer, qui donnent à l'édifice une clarté et un légèreté exceptionnelles. Les fermes de fer proviendraient du Palais de l'Industrie construit pour l'exposition universelle de 1855 et démoli en 1899 pour faire place aux Grand et Petit Palais. De même, les moellons des façades latérales proviendraient du pavillon des tissus de l'exposition universelle de 1900. La cloche est une prise de guerre de Sébastopol (1854), offerte par Napoléon III aux habitants de l'ancienne commune de Plaisance et placée dès 1861 dans l'anciene église.

rue Vercingétorix, Paris, France

Rue Quincampoix. Attestée dès 1203, la rue Quincampoix est célèbre au Moyen Age pour ses merciers: leur corporation est établie aux no 38 et 40. En 1719, elle acquiert une renommée nouvelle; le financier John Law installe sa Banque générale dans l'hôtel de Beaufort, détruit lors du percement de la rue Rambuteau. La rue devient le théâtre de scènes de spéculation sur les billets de la Banque et les actions de la Compagnie des Indes, jusqu'à la faillite et la fuite de Law en décembre 1720 C'est au no 54, au cabaret de l'Epée de Bois, que le comte Antoine de Horn, parent du Régent, assassine un courtier pour le voler, le 20 mars 1720. Il est roué le 26 mars, sur cet refus du Régent de lui épargner ce supplice infamant: "Quand j'ai du mauvais sang, je me le fais tirer."

2 rue Quincampoix, Paris, France

Louise Michel directrice d'école. "Vers la fin de l'Empire, j'habitais avec ma mère une petite demeure gaie et proprette où j'avais installé mon école. Je ne tardais pas à avoir beaucoup d'élèves. J'aimais ces enfants de Montmartre, gentiles et franches, espiègles et bavardes comme de jeunes oiseaux..." Née le 29 mai 1830 à Vroncourt (Haute Marne), fille du châtelain et d'une servante, Louise Michel commence sa carrière d'institutrice en 1853, après de solides études. Venue à Paris en 1856, elle découvre, devant la misère des enfants, sa vocation à mener une vie "de propagande et d'action". Ambulancière pendant le siège de Paris, elle participe sous la Commune au comité de vigilance de Montmartre, chargée des questions d'enseignement, et n'hésite pas à sa battre sur les barricades en mai 1871. Sa mère prise en otage par les Versaillais, elle se constitue prisonnière et se voit condamnée à la déportation en Nouvelle-Calédonie; amnistiée en 1880, elle choisit, après avoir connu de nouveaux emprisonnements, de s'exiler à Londres de 1890 à 1904. Elle vit désormais de ses livres et de ses conférences, jusqu'à sa mort à Marseille, le 10 janvier 1905.

22 rue Becquerel, Paris, France

Pavillon des Fontainiers. Pour alimenter les pièces d'eau de son palais du Luxembourg, mais aussi pour donner de l'eau potable aux habitants de la rive gauche, Marie de Médicis fit construire entre 1619 et 1623, depuis le bassin de Rungis, un aqueduc sur le tracé d'un ancien ouvrage romain. ll était plus court (13 km au lieu de 16), mais permettait de fournir en eau de source une partie de Paris qui ne disposait jusqu'alors que des eaux de la Seine, et de puits empoisonnés par les suintements des fosses d'aisance. La construction du principal regard, appelé pavillon des Fontainiers (ingénieurs des eaux), a été successivement attribuée aux architectes Salomon de Brosse et Louis Metezeau, puis à l'hydraulicien Thomas Francine. Il était destiné au logement du fontainier, au-dessus d'un réservoir de régulation et de redistribution porté en 1845 à une surface de 1000 mètres carrés sous voûte surbaissée. Ce réseau d'eau a cessé de servier ver 1875, mais le bassin existe encore.

42 Avenue de l'Observatoire, Paris, France

Le puits artésien. Afin d'alimenter les maisons de la butte (situées à une altitude de 62 mètres), mais aussi pour augmenter le débit de la Bièvre, le forage d'un puits de grande profondeur est décidé en 1863. En 1872, l'entreprise est abandonnée à 532 mètres. Après plus de vingt ans, le chantier est repris: l'eau jaillit enfin, à 582 mètres, légèrement sulfureuse et tiède (28°), très abondante, près de 6000 m3 par jour en 1903. Entre-temps, les travaux ont perdu leur utilité: en effet, la Bièvre s'est trouvée peu à peu recouverte, et les habitations sont le plus souvent dotées de l'eau courante. Vingt ans passent à nouveau, jusqu'à la construction de cette piscine alimentée par le puits artésien, en 1924.

5 place Paul Verlaine, Paris, France

La soeur Rosalie. Jeanne-Marie Rendu (1786-1856), soeur Rosalie en religion, est l'une des grandes figures charitables et courageuses du Paris populaire. Fille de Saint-Vincent-de-Paul, la soeur Rosalie se consacre avec un courage admirable à l'apaisement des malheurs de ce territoire, qui connaît au XIXe siècle des épidémies de choléra (1832 et 1849) et des insurrections (1830, 1848, 1871) en grande partie dues à la misère. Pionnière de l'aide sociale, elle se voue à la construction de quatre écoles et d'une crêche, tient un dispensaire... Sur cet emplacement existait depuis 1860 une petite chapelle Soeur-Rosalie, détruite en 1867 lors du percement de la rue.

Avenue de la soeur Rosalie, Paris, France

Saint-Thomas d'Aquin. Establis au faubourg Saint-Germain depuis 1632, les Dominicains réformés, ou Jacobins, confièrent 50 ans plus tard à Pierre Bullet le soin d'édifier une nouvelle chapelle pour leur couvent. Oeuvre d'un religieux, le frère Claude, la façade fut ajoutée en 1766. Au début de la Révolution, la chapelle devint paroisse sous le vocable de Saint-Thomas d'Aquin, bientôt pillée et désaffectée. Le pape Pie VII, venu à Paris pour le sacre de Napoléon, célébra la messe de 26 décembre 1804, dans l'église rendue au culte deux ans auparavant. Les Dominicains essayèrent en vain de récupérer leur couvent: autour du cloître, les bâtiments avaient été transformés en dépôt d'armes anciennes, puis en Musée de l'Artillerie, et restèrent propriété de l'Armée après le transfert des collections aux Invalides.

Place Saint Thomas d'Aquin, Paris, France

Gérard Philipe. "Une bouche très fine, indécise entre le sourire et la tristesse, une taille élevée et souple qui semblait porter, en fléchissant déjà, ce poids léger de la jeunesse". Ce portrait de Musset vu par Lamartine est pour René Clair la description même de Gérard Philipe. Né le 4 décembre 1922 à Cannes, dans un milieu aisé, le jeune homme obtient de sa mère en 1941 de s'inscrire à un cours d'art dramatique plutôt que de continuer ses études de doit; reçu au Conservatoire en 1943, il obtient son premier grand rôle avec Caligula en 1945. Egalement doué pour le théâtre et pour le cinéma, l'acteur aux succès fulgurants refuse le vedettariat; conscient de la nécessité de faire oeuvre utile, il choisit de s'engager aux côtés de Jean Vilar dans l'aventure duT.N.P. en 1950. En novembre 1959, une intervention bénigne décèle un cancer inopérable; 15 jours plus tard, l'inoubliable interprète du Cid s'éteint ici, à 37 ans. "La Mort a frappé haut. Elle a fauché celui-là même qui pour des millions d'adolescents exprimait la vie... Que le silence soit pour un temps encore le témoignage de notre deuil".

17 rue de Tournon, Paris, France

Hôtel de Bourgogne. Adossé à la muraille de Philippe Auguste, l'hôtel construit en 1270 pour Robert d'Artois, neveu de saint Louis, passe en 1318 par mariage dans la famille des ducs de Bourgogne. Il devient en 1402 leur résidence principale; après avoir fait assassiner son cousin Louis d'Orléans, frère du roi, le duc Jean sans Peur fait édifier en 1408 au centre de l'hôtel la tour qui porte son nom, encore visible aujourd'hui. En 1543, le domaine est loti et traversé par une rue nommée Française en l'honneur de François 1er. Sur un terrain situé à l'ouest de cette voie, les Confrères de la Passion font construire une salle de spectacles inaugurée le 30 août 1548. Devenue en 1629 le théâtre de l'hôtel de Bourgogne, sa troupe rivalisait avec les comédiens de Molière.

20 rue Etienne Marcel, Paris, France

Bourse de Commerce. Après la destruction de l'hôtel de Soissons, la municipalité fit édifier à son emplacement un bâtiment à usage d'entrepôt et de magasin de vente des blés et des farines. De forme circulaire, construit par Le Camus de Mézières entre 1763 et 1766, cet édifice fut coiffé en 1782-1783 par une coupole en bois couvrant la cour, conçue par Legrand et Molinos, assemblée par le charpentier Roubo, et percée de 25 fenêtres et d'une baie à son sommet. Elle brûla le 16 octobre 1802, et fut remplacée en 1811 par une coupole en fer. Victime d'un nouvel incendie en 1854, la halle au blé a été remplacée par l'actuelle Bourse de commerce, construite par Blondel entre 1887 et 1899.

2 rue de Viarmes, Paris, France

Eglise Saint-Eustache. L'accroissement de la population autour des Halles et la piété d'un bourgeois, Jean Alais, sont à l'origine de la fondation d'une chapelle consacrée en 1223 à sainte Agnès puis à saint Eustache. Edifiée à la jonction des chemins de Montmartre et de la Marée, et devenue église paroissiale, elle subit une série d'agrandissements avant d'être remplacée par l'édifice actuel. Sa première pierre fut posée le 29 août 1532 par François 1er, mais elle ne fut achevée et consacrée que le 26 avril 1637. Paroisse de Colbert, Saint-Eustache doit à la générosité du ministre des fresques de Mignard et une nouvelle façade restée cependant inachevée comme la précédente.

rue de Jour, Paris, France

Hôtel Carnavalet. Madame de Kernevenoy, veuve du précepteur du duc d'Anjou (futur Henri III), acheta en 1572 l'hôtel bâti en 1544 pour Jacques de Ligneris, président au parlement de Paris. "Kernevenoy" fut rapidement déformé en "Carnavalet." En 1654, François Mansart modifia les deux ailes et la façade de l'hôtel pour l'intendant Claude de Boylesve, qui, compromis dans les malversations de Fouquet, dut le quitter en 1662. Il fut alors loué. Madame de Sévigné s'y installa en 1677; trouvant enfin une demeure à sa convenance: "un bel air, une belle cour, un beau jardin, un beau quartier", elle y résida 19 années, jusqu'à sa mort, en 1696. La Ville de Paris racheta l'hôtel en 1866 pour en faire son Musée historique, et donna à la rue Sainte-Catherine, en 1867, le nom de rue de Sévigné.

23 rue de Sévigné, Paris, France

Prisons de la Force. Entre la rue du Roi-de-Sicile et l'hôtel de Lamoignon, du 12 au 22 de la rue Pavée, s'étendait l'hôtel d'Henri-Jacques Nompar de Caumont, duc de La Force. Achevé vers 1559 et embelli au début du règne de Louis XV par des financiers, les frères Pâris, l'hôtel de La Force fut acheté en 1754 par le ministère de la Guerre et transformé en 1789 en maison de détention divisée en deux prisons: la Grande Force, et la Petite Force, destinée aux femmes et contiguë à l'hôtel de Lamoignon. La princesse de Lamballe y fut massacrée le 3 septembre 1792 en compagnie d'une centaine d'autres personnes. Les deux prisons de La Force furent démolies en 1845, et il n'en subsiste qu'un pan de mur jouxtant la Bibliothèque historique de la Ville de Paris.

22 rue Mahler, Paris, France

Eglise Saint-Julien-le-Pauvre. Lieu de sépultures mérovingiennes, cette chapelle, située au carrefour de deux voies romaines stratégiques, est offerte, à l'état de ruines, par le roi Henri 1er au chapitre de Notre-Dame en 1045. Vers 1120, elle devient un prieuré dépendant de l'abbaye de Longpont, destiné à jouer un certain rôle dans la vie intellectuelle du quartier. Les recteurs y sont élus, et les assemblées de l'Université y siègent jusqu'au saccage de 1524. Affectée à l'Hôtel-Dieu en 1651, elle se trouve dans un tel état de dégradation que les bâtiments du XIIe siècle sont en partie rasés, et très remaniés. Grenier à sel sous la Révolution, elle est rouverte au culte en 1826 et affectée au rite catholique grec byzantin en 1889: une iconostase réalisée vers 1900 sépare le choeur de la nef.

1 Saint Julien-le-Pauvre, Paris, France

Le Val de Grâce. Après l'Oratoire de Bérulle (1611-1616), Anne d'Autriche installe ici les Bénédictines du Val-Profond. La reine s'y rendait pour correspondre avec sa famille espagnole, et fit le voeu d'élever une église pour remercier Dieu de la naissance d'un fils. Le 1er avril 1645, Louis XIV, âgé de 7 ans, pose la première pierre de l'édifice, dont la construction, sur des plans de François Mansart repris par Jacques Le Mercier, Pierre Le Muet et Gabriel Le Duc s'achève en 1667. Michel Anguin et Philippe Buyster sont les auteurs des sculptures. Le dôme est l'un des plus anciens de Paris, et le cloître date de 1655. Devenu en 1795 hôpital militaire, il abrite aussi l'Ecole d'Application du Service de Santé depuis 1850.

277 rue Saint Jacques, Paris, France

L'Eglise Saint-Séverin. Seul rescapé du massacre perpétré par ses oncles Childebert et Clotaire in 524, le dernier petit-fils de Clovis, Clodoald - futur saint Cloud - élevé dans un monastère, devient le disciple de l'ermite Séverin. Une chapelle érigée à l'emplacement de son oratoire devient paroisse au XIe siècle. L'église actuelle date du XIIIe siècle pour le clocher et les trois premières travées de la nef, et de la 2e moitié du XVe pour le reste. La décoration du choeur en placage de marbre fut entreprise à partir de 1684, grâce aux dons de la Grande Mademoiselle, cousine germaine de Louis XIV. Le splendide buffet d'orgue date de 1745. Au sommet de la flèche, dont la charpente fut achevée en 1487, subsiste une très vieille cloche: Macée, fondue en 1412.

Rue des Prêtres Saint-Séverin, Paris, France